Jean-François Bouchard: Les poupées qui font oui

Jean-François Bouchard: Les poupées qui font oui

Des hommes qui ont des relations sentimentales avec des poupées de latex? C’est le sujet exploré par Jean-François Bouchard dans Still Life, sa plus récente expo photo.

L’artiste – aussi président de Sid Lee – a photographié le visage de ses sujets inanimés dans une usine de fabrication de poupées de latex située dans une banlieue californienne.

La première chose que je me suis de-mandé en voyant tes photos, c’est si tu avais eu du sexe avec une des poupées.
Non, elles ne voulaient pas! En fait, c’est pas l’aspect sexuel qui m’intéressait.

À un moment donné, j’ai trouvé une lettre d’amour à une poupée publiée par un homme sur un forum de discussion et j’ai réalisé que c’était plus qu’un objet sexuel pour son propriétaire.

J’ai commencé à m’intéresser à ce phénomène-là après avoir vu des poupées aux États-Unis.

Il existe une communauté d’hommes qui préfèrent les poupées?
Oui, et l’aspect com-munautaire est vraiment important dans mon travail.

Le web leur permet de communiquer d’une façon qui était jusqu’à aujourd’hui im-possible.

Je m’intéresse depuis longtemps à la relation entre la technologie et la marginalité.

Est-ce qu’il t’est arrivé d’être mal à l’aise avec ce sujet-là, dans ta recherche sur les forums de discussion par exemple?
Non, je ne juge pas ces hommes-là. J’ai plus un regard anthropologique. Pour eux, les poupées sont comme des prothèses.

Ce sont souvent des hommes qui ne peuvent pas avoir de relations avec de véritables femmes. La poupée joue presqu’un rôle thérapeutique.

C’est comme la différence entre avoir une vraie jambe, ne pas en avoir ou avoir une jambe de bois. La poupée, c’est comme la jambe de bois.

Ton travail tend-il vers la photo d’art ou vers un style plus documentaire?
C’est un mélange des deux. L’art contemporain est souvent abstrait, et j’ai voulu faire quelque chose de concret, de réaliste.

D’ailleurs, les yeux des poupées m’ont semblé très réels. Avais-tu l’impression qu’elles te regardaient?
Oui, parfois. C’était étrange.

 

Still Life
Jusqu'au 13 mars
Galerie SAS
372, Ste-Catherine O, espace 416

Galeriesas.com

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