Jaeven Marshall, hustler autodestructeur de Shuck, se faisait tatouer des flammes autour de la taille. Radek, protagoniste de Krakow Melt, fait des flammes sa passion. Dans une ville déchirée entre tradition et modernité, où les valeurs se frappent souvent au solide mur des croyances religieuses, ce jeune artiste mettra le feu aux poudres. Homosexuel «selon le Wikipédia polonais», bisexuel selon ses préférences, Radek tripe modèles réduits, pyromanie et Pink Floyd. «Je voulais écrire ce livre depuis longtemps, confie Daniel Allen Cox. Pourtant, pour que l’histoire prenne forme, il me manquait des éléments clés.» Entre autres, le feu auquel lui-même a été confronté lorsque sa demeure y est passée. «Sans incendie, il n’y aurait pas eu de récit.»

L’écrivain montréalais dont le premier roman, Shuck, a ébahi la critique nous entraîne cette fois-ci dans les rues d’un Krakow/Cracovie de 2005 qui tremble pour la santé de son pape et qui, très vite, en portera le deuil douloureux. Dans ces 151 pages écrites dans la prose punchée et rentre-dedans qui a fait sa signature, l’auteur nous fait prendre le pouls d’une ville où l’ombre du communisme passé et du passé tout court se projette encore sur les mentalités. Un peu à la manière d’un Burgess qui parlait devotchkas et moloko, Cox insère dans son récit des mots po polsku, sans toutefois les angliciser. «A Clockwork Orange est un de mes livres fétiches, dit-il. Je n’ai jamais eu l’ambition de faire la même chose, mais il y avait définitivement des termes que je ne pouvais utiliser dans une autre langue. Notamment, la nourriture.»

Quand la jeunesse refuse de rester comfortably numb…
Entre les pierogis, la golonka et la traditionnelle herbatka (on vous laisse chercher), Radek et sa nouvelle flamme, une jeune femme fonceuse et frondeuse, bousculeront les idées reçues, semant le doute dans l’esprit de leurs compatriotes. Et ce, toutes orientations confondues. «Ce roman démontre ce qui arrive lorsque les gens sont poussés à bout et se voient forcés de prendre des décisions qu’ils ne veulent, justement, pas prendre.»

Ayant habité en Pologne pendant un an, Cox a également été témoin de l’impact surréaliste qu’a eu la mort de Jean-Paul II sur le peuple. «Les écoles ont fermé leurs portes, les chaînes de télévision ont annulé leur programmation, les magasins ont retiré les pubs de leurs fenêtres... En tant qu’étranger, ça m’a fait halluciner. Je ne peux même pas imaginer ce que ça a pu être pour un citoyen polonais.»

Si vous le permettez, Daniel, une dernière chose: Pink Floyd. «Oh! Je ne sais pas par où commencer! En fait, il y a trois raisons pour lesquelles j’ai écrit ce roman: la Pologne, le feu et ce groupe.»

C’est bon, tout y est.

Krakow Melt, publié chez Arsenal Pulp Press
Lancement le 10 septembre à 19h
Librairie Drawn & Quarterly | 211, Bernard O.
danielallencox.com | arsenalpulp.com | drawnandquarterly.com

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