Cinéma: Maxime Giroux fait parler les gestes dans son nouveau film Jo pour Jonathan

Maxime Giroux n’avait pas de temps à perdre. Après Demain - un premier film sorti en 2008 -, le trentenaire n’avait qu’une envie, celle de plonger une seconde fois, et ce, le plus rapidement possible. Un mois d’écriture, une bourse du Conseil des arts, en tout 200 000$ ont été réunis avec le producteur Paul Barbeau pour fixer sur pellicule Jo pour Jonathan. Depuis, le film, qui raconte l’histoire de deux frères adolescents et banlieusards, voyage de festival en festival. Il est primé au Festival du nouveau cinéma, mais également à Whistler et à Thessalonique, en Grèce. «Au Québec, on a toujours ce discours qu’on n’a pas assez d’argent pour faire nos films. Moi, je pense tout le contraire. C’est inacceptable qu’on ait sept millions pour des films de cuisine. Quand j’entends Roger Frappier dire qu’il y a un manque, que les maisons de production sont trop nombreuses et qu’elles devraient se consolider, ça m’enrage. Pour moi, le Québec, c’est le lieu le plus facile pour faire des films. On est des enfants gâtés.»

Maxime Giroux est un cinéaste de partis pris. Ses films évitent les mots, préfèrent ces gestes qui parlent. Jamais les émotions ne sont appuyées par d’interminables montées musicales. Il y a ici une économie d’effets afin de traduire la dureté de la vie, son goût âcre, l’impact sournois du rouleau compresseur que peut devenir la société. «Je vais toujours vers des personnages que je ne comprends pas. Je ne comprends pas ces gens-là, qui comme Sophie, cette fille dans Demain, donne tout à son père pour ensuite s’enfermer dans une vie vide et non stimulante. Dans Jo, je fais le portrait de ces jeunes-là que je ne comprenais pas quand j’étais adolescent. Au final, j’arrive à mieux les comprendre. Je vois sur eux l’effet d’une société qui les a alignés vers cette vie.»

 

Kodak sur le béton et la désolation
Afin d’exprimer cette désolation, Maxime Giroux utilise la banlieue comme terrain de jeu, un personnage presque à part entière, avec sa culture et son développement anarchique. Né dans ce royaume de béton, le jeune trentenaire parle avec conviction et opinion de ce lieu qui représente un état émotionnel, un vide intérieur. «C’est tellement laid à tourner. Pourtant, on la tourne de manière très léchée. En réalité, c’est tout croche, il n’y pas de plan d’urbanisme. Il n’y a même pas de trottoir. Quel message ça envoie? De rester dans ta cour pis de t’acheter un char à seize ans? La banlieue, c’est aussi Montréal. Combien de gens ici, en ville, prennent leur voiture et vont magasiner chez Loblaws? Qui parle à ses voisins? J’en ai contre la vie aseptisée et individualiste. La banlieue, c’est un état d’esprit.»

Si Jo pour Jonathan fait voir Laval à la planète, le film trouve à la maison un public d’initiés. Montréal brille par son manque criant de salles de cinéma ouvertes aux propositions audacieuses. Pourtant, pour Maxime Giroux, c’est là que le véritable plaisir se vit. «Je ne regarde pas des films chez nous ou sur l’internet. Je vais toujours voir des films en salle. J’ai besoin d’être prisonnier dans une salle de cinéma, parce que c’est là que tu acceptes de vivre des choses plus profondes.» Sur grand écran, la vie devient plus grande que nature.

 

 

Jo pour Jonathan
En salle le 18 mars

 

 

 

 

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