Il y a maintenant un an qu'une amie sollicitait mon avis en inbox quant à ses doutes en lien avec une potentielle agression sexuelle dont elle croyait avoir été victime quelques minutes avant d'ouvrir l'onglet Facebook pour se livrer à moi. J'avais relaté l'histoire ici même, ce qui avait eu pour effet de provoquer une marée de réactions, tant empathiques pour la survivante qu'horriblement moralisatrices à son endroit. Elle a finalement porté plainte.

Depuis, mon inbox fut le récepteur de quelque 200 témoignages similaires provenant de femmes.

Parmi tous les témoignages qui m'ont été confiés, plusieurs femmes relatent un pattern récurrent plutôt troublant. Celui-ci: une fois le coït non consensuel conclu, l'agresseur se montre aussitôt «inquiet» de l'état dans lequel il s'apprête à laisser sa victime: «J'ai-tu fait quelque chose de pas correct??» — «Qu'est-ce que t'as??» — «Pourquoi tu pleures comme ça??» — «Pourquoi tu fais cette face-là?? T'as aimé ça!» — «Ah non, crisse! Fais-moi pas ça! Fais-moi pas sentir comme si j'étais un violeur, tu l'sais qu'c'est pas ça!».

L'agresseur qui, après avoir agressé, joue à la victime.

Cette étape de fausse empathie momentanée (l'agresseur réalise en fait égoïstement qu'il vient de se mettre dans le trouble) qui suit immédiatement l'agression sème aussitôt la confusion dans les sentiments de l'agressée: «M'semble que s'il m'avait sciemment violée, il se serait pas fait tout ce mauvais sang pour moi après!» — «Mais pourquoi il a pris soin de moi, esti?? Il pouvait pas juste crisser son camp sans rien dire comme un véritable trou de cul? Comme ça mes idées auraient été plus claires!» — «Je comprends pas comment il a fait pour ne pas voir! Je grimaçais, impuissante, le corps inerte, et je fixais le plafond en espérant que ça finisse au plus tabarnack!».

Une fois le crime commis, sa victime devant lui, embrouillée et/ou en sanglot, il prétend ne pas trop saisir ce qui semble lui être reproché. Mais il sait pourtant. Seulement, il refuse de quitter tant que sa conscience n'est pas en paix, tant qu'il n'est pas certain que cette nuit ne lui occasionnera pas de problème. Alors il travaille à convaincre qu'il n'a pas voulu causer préjudice, qu'il n'avait pas de mauvaises intentions.

Mais pourquoi l'avoir fait alors? Comment est-il possible, jusqu'au moment d'éjaculer, de ne pas réaliser -pas même un instant- qu'il est en train de perpétrer une agression de longues minutes durant? Chaque nouvelle seconde indiquée à l'horloge devrait pourtant l'amener à se questionner sur ce qui se déroule en temps réel sous ses yeux. Ses coups de bassin sont-ils accueillis avec enthousiasme? Non? Pourquoi poursuivre? Pourquoi aller jusqu'au bout?

Comment arriver à jouir quand le visage de la partenaire n'indique pas clairement qu'elle passe un bon moment? Comment l'absence de consentement pourrait ne pas faire travailler l'esprit?

Et what about la réciprocité? Pas important? Ces gars n'aiment donc pas savoir qu'une femme éprouve du désir pour eux? J'imagine que oui, mais apparemment, ceci ne leur apparaît pas toujours comme un prérequis; et pourtant ça devrait. 

Ce qu'on peut lire de manière fréquente dans les débats sur la culture du viol inquiète beaucoup aussi: «Mais là, comment j'fais pour savoir moi?? J'peux pas deviner quand même! Ça va-tu prendre des papiers signés??». Mais justement, cette question n'est-elle pas à la base incriminante? Ne devrait-on pas savoir dès le départ, et aussi, pendant? Es-tu réellement en train d'admettre ouvertement qu'il t'est possible de t'en donner à coeur joie à l'intérieur d'une autre personne sans tenir compte de la présence (ou non) de son désir à ton égard? 

Je ne suis pas un spécialiste, mais le sexe ne carbure-t-il pas justement au désir? Ça ne te fait donc pas débander de constater qu'il n'y a pas réciprocité? Qu'on ne meurt pas d'envie pour ton pénis? Ton érection fait alors fi de tout ça et t'implore d'aller de l'avant malgré tout?

Tout ceci pour finalement aller te plaindre que tu ne savais pas? Mais tu savais. On t'a dit non, on t'a demandé d'arrêter, mais tu l'as fait. De force, avec insistance ou jusqu'à ce qu'on cède. Comme un enfant dans un Toys "R" Us. Je sais, ça t'angoisse, t'aimes pas l'entendre, mais c'est une agression. C'est pas toi la victime, mon gars. C'est elle. 

Peut-être te faudrait-il consulter si tu réalises que de baiser le corps inanimé d'une femme qui t'a pourtant dit non ne t'empêche en rien de prendre du plaisir, parce que je te confirme, c'est précisément ce qui te distingue des autres hommes qui n'ont jamais commis d'agression. 

Je te déteste.

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