Vendredi dernier, le gouvernement fédéral de Justin Trudeau annonçait une aide aux PME touchée par la crise de la Covid-19.

 

Malheureusement, tous les bars au Canada n’ont pas accès à l’aide d’urgence parce que les canaux de distribution sont fermés aux entreprises dont plus de 50 % des revenus proviennent de la vente d’alcool.

 

Pour comprendre un peu mieux cet enjeu, je me suis entretenue avec Pierre Thibault, copropriétaire de la Taverne Saint-Sacrement.

 

«On cherche en ce moment à dénoncer et faire réagir le fait qu'on n’a pas le droit aux prêts d'urgence offerts par le gouvernement aux PME.»

 

En gros, le gouvernement canadien via la BDC (Banque de développement du Canada) a débloqué 10 milliards pour les PME canadiennes via un fond d'urgence. Chaque PME qui en fait la demande pourrait obtenir un prêt d'urgence de 40 000$ sur une période de 12 mois sans intérêt. De plus, une portion non remboursable de 25% de ce prêt (10 000$) sera créditée à 100% si la PME respecte son engagement auprès de la BDC et/ou de son institution financière.

 

 

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«Quand on a entendu la mesure, on a applaudi. Puisque, du jour au lendemain, on a dû fermer sans presque aucun préavis. On a perdu de la bouffe, de la boisson et plusieurs milliers de dollars. Notre inventaire et nos fournisseurs n'ont pas encore été payés. On n’a pas pu se préparer. On était donc content de voir la mesure.»

 

Toutefois, la bonne nouvelle fut de courte durée lorsque Pierre Thibault a appris que les bars ne pouvaient pas souscrire à cette aide.

 

«On a appris que les bars, donc tout ce qui a 50 % des revenus ou plus qui proviennent de la vente d’alcool, dont les bistros, bars à vins, pub de quartier, taverne et tous les milieux très fréquentés, sont exclus directement. Ils nous mettent sur une liste noire.»

 

En effet, sont exclues automatiquement toutes les PME qui démontrent un chiffre d'affaires de plus de 50% en vente d'alcool telles que :

  • Bars, Salons, établissements similaires.
  • Casinos, salles de bingo, hippodromes, sites de jeux en ligne, etc.
  • Prêteurs sur gages et « institutions quasi-financières ».
  • N'importe quoi dans l'industrie du sexe.
  • Entreprises incitant à toute forme de violence, de haine ou de discrimination.

 

«C'est comme si les bars étaient des lieux pour le crime organisé. C'est aberrant. Ça fait longtemps que les bars ne blanchissent plus d'argent. Maintenant on a des comptes à rendre au gouvernement, on a des états financiers, un chiffre d'affaire d'un million annuellement, des employés et c'est vraiment dommage de ne pas pouvoir être pris en compte.»

En effet, les bars ont beau avoir une vieille réputation pas tout à fait «propre», c'est toutefois quelque chose qui provient du passé. Aujourd'hui, chaque transaction est comptée automatiquement et même qu'à la Taverne Saint Sacrement, ce sont 82% des factures réglées en 2019 qui l'ont été à l’aide de cartes de crédits ou débits.

 

«C'est comme s’ils pensaient qu'on brassait encore du cash. C'est terminé ce temps-là! Aujourd'hui, on a des modules électroniques installés à grandeur du Québec. Chaque fois que je punch une pinte de bière à 7$, elle apparaît chez Revenu Québec et, à la fin du mois, on envoie nos rapports et il faut que ça match. C'est une bonne chose, car c'est comme ça qu'ils ont nettoyé les bars du crime organisé.»

 

La demande de Pierre Thibaut et de plusieurs autres propriétaires de bars est simple : il faut que les intervenants de la BDC et que les politiciens qui mettent en place ces mesures d’urgence «enlèvent une fois pour toutes leurs œillères qui les empêchent de bien voir le dessein de nos entreprises».

 

Les bars ne doivent pas être dans cette liste noire et, comme toutes les autres PME canadiennes, doivent être éligibles aux prêts d'urgence.

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