Le problème, avec la Terre, c’est qu’elle tourne. On lui donnerait volontiers l’ordre d’arrêter pour un petit bout, des fois, histoire de nous permettre de nous adonner pleinement à des tâches importantes, comme assister à des festivals. Mais la salope continue.

MUTEK est à nos portes et, tels des gamins devant un plateau à desserts, nous voilà obligés de regarder la programmation et d’y choisir ce qui, réalistement, pourra entrer dans nos horaires. C’est injuste. On ne devrait pas avoir à choisir entre ce gigantesque mille-feuille, la jardinière aux fruits, le gâteau au fromage… Quand d’autre a-t-on un si beau plateau à desserts devant soi? Mais il faut éviter l’indigestion. Ou, si on laisse tomber la métaphore, se garder du temps pour faire des choses comme dormir, finir ses journées de travail et autres futiles distractions du genre.

Faisons quand même semblant, un instant. Admettons qu’on puisse aller tant qu’on veut à cette onzième édition de MUTEK, qui s’étale du 2 au 6 juin dans différentes salles du centre-ville. Quels sont les essentiels?

MUTEK on me
Ça commence mercredi 2 juin avec le projet Gemmiform, du producteur de tech-house «dubby» Stephen Beaupré, présenté à partir de 18h au Monument-national. À 20h, au même endroit, il y a l’amusant combo expérimental Matmos, connu pour son utilisation des sons les plus incongrus de la vie courante, allant des bruits d’une chirurgie esthétique au son d’un bouquet de fleurs tombant dans un tas de fumier (véridique!). Également au programme: [THE USER], qui conçoit des symphonies avec de vieilles imprimantes de bureau. Fin de soirée à la SAT avec l’Argentin «hypé» Matias Aguayo et son crew du label Cómeme, pour un peu de techno minimal muy caliente.

Jeudi 3 juin, il y a l’ex-Jardiniers Martin Dumais et son projet d’ambient métallique Aun, au Monument-national, dès 18h. Les vétérans de l’expérimentation électronique Nurse With Wound suivent à 20h, en compagnie de Caretaker et de Freida Abtan. Fin de soirée toute en électro mâtinée de mélodies touffues, dès 22h, au Métropolis, avec Hrdvsion (alias Nathan Jonson, frère de Matthew et responsable d’un excellent disque à paraître d’ici la fin juin, Where Did You Just Go?, sur Wagon Repair), Jon Hopkins, Mouse on Mars, Nathan Fake, Bowly, Chris Hreno et Mossa.

Vendredi 4 juin, on retrouve les petits farceurs de Citofono et leurs claviers analogiques bourdonnants, au Monument-national dès 18h, en compagnie de The Square Root of Evil et de Jacob and Francis. En fin de soirée, on plonge dans le dub électronique, au Métropolis, avec Overcast Sound, Orphx, Demdike Stare, Actress, Cheap and Deep, King Midas Sound, Jacek Sienkiewicz, Ikonica et Shed.

Puis, samedi le 6 juin, place à l’ambient fourmillant, dès 19h au Monument-national, avec le Finnois Sasu Ripatti, alias Vladislav Delay, suivi de Carl Michael Von Hausswolff, du Montréalais Tim Hecker et de l’Australien Ben Frost. En conclusion du programme, Hecker et Frost vont offrir une prestation en duo. À quelques pas de là, à la Place des festivals, coin Sainte-Catherine et Jeanne-Mance, l’insaisissable Allemand Uwe Schmidt, alias Señor Coconut, domine le premier événement extérieur de l’histoire de MUTEK avec un concert en compagnie de son orchestre. Au menu: une panoplie de reprises inusitées en version latine. Et quand on dit «inusitées», on parle de choses aussi loin du latin que Kraftwek, Daft Punk et Trio. Sans contredit LE show du festival, qui présente aussi l’énorme avantage d’être gratuit.

Pour qui a encore de l’énergie par après, le Montréalais exilé à Berlin Guillaume Coutu-Dumont vient présenter son nouveau groupe, The Side Effects, lors de l’événement final de la série Nocturne, au Métropolis. Konque, Henrik Schwartz, Smirk, D Numbers et Move D complètent ce programme conçu pour faire danser les festivaliers toute la nuit. Comme dans: jusqu’au lever du jour, et pas seulement jusqu’à 3h.

De chair et d’os
Pendant ce temps, la vie continue ailleurs dans la métropole. Jeudi 3 juin, le très gentil et recommandable Anton Newcomb, l’homme que toutes les filles rêvent de présenter à leur mère, est de retour avec son culte nommé Brian Jonestown Massacre, à La Tulipe, en compagnie des Montréalais d’Elephant Stone. C’est également la seconde édition des soirées mensuelles Mini-M, au Petit Campus. C’est au tour de Random Recipe, de Vicious/Delicious et d’Alex Nevsky de parler d’amour, et gratuitement à part ça!

Si le folk spécial-spatial, vaguement Tom Waits-esque (avec une once de Patrick Watson) est davantage votre truc, le combo local The Barr Brothers, dirigé par l’excellent guitariste Brad Barr (et quand on dit excellent, ça veut dire: «peut faire une version instrumentale de treize minutes de «Heart Shaped Box» de Nirvana sans qu’on voie le temps passer»), lance son album au Divan orange. Little Scream ouvre avec, on présume, un grand cri.

Vendredi et samedi les 4 et 5 juin, ne cherchez pas vos amis indie-rockeurs-altermondialistes-végétaliens. Ils risquent d’être à l’un des deux concerts de Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra à la Fédération ukrainienne. Si le country vous tient à cœur, la présence du petit-fils du grand Hank Williams, Hank Williams III, peut être une bonne motivation pour se rendre au National, où le monsieur se produit en compagnie d’un autre groupe dans lequel il joue, Assjack, qui donne apparemment dans un registre plus punk-métal.

Dimanche 6 juin, la sémillante Krista Muir clôt le weekend Spring Pop (durant lequel, notamment, sera présenté la première du film SoCalled Movie, sur l’accordéoniste hip-hop montréalais SoCalled, ainsi qu’une autre édition de la foire artisanale Puces Pop) avec l’événement UkeBizarro, qui célèbre les joies de la musique à base de ukulélé, à la Fédération ukrainienne. Le tout débute avec Uke Hero, un gros jam collectif destiné à tous ceux qui ont un ukulélé et peuvent en jouer, à 16h; se poursuit avec la projection du documentaire Mighty Uke, sur la scène ukulélé globale, à 19h, et se termine avec un concert mettant en vedette sept groupes tâtant du petit instrument à quatre cordes: Beaver, NIVE, MEB, Erin Lang, le Ukulele Club de Montréal, Miss Dynamite et, évidemment, Krista Muir et son nouveau groupe, The Enhancers.

Sur le versant indie-rock, toujours en ce 6 juin, le label Constellation fête ses treize ans par un concert à la Sala Rossa. Clues, Hrsta, Elfin Saddle, Elizabeth Anka Vajagic et le combo Shalabi/Moumneh/Engle/Hratchian se produisent dans le cadre de l’événement, qui souligne aussi l’ouverture d’une nouvelle édition du festival Suoni per il popolo.

Choix déchirant en perspective lundi 7 juin. Après avoir annulé in extremis une visite en février, la sémillante chanteuse soul-punk britannique Ebony Bones se reprend au Belmont, avec The Tony Castles en première partie. Le hic étant que c’est aussi le soir de la visite de Reflection Eternal, le duo hip-hop formé par Talib Kweli et le beatmaker Hi-Tek. La paire, qui vient tout juste de signer l’excellent album Revolutions Per Minute, fait agiter les mains dans les airs au Club Soda à partir de 22h.

Un incontournable? Señor Coconut et son orchestre, le 5 juin à la Place des festivals avec Le Golden (anciennement nommé Jedi Electro), dans le cadre de MUTEK.

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