Ce n’est pas tous les jours qu’il nous est donné l’occasion d’être au bord de la mer, au cœur de Montréal. Encore moins, lorsqu’on y est avec Luc Courchesne.

L’artiste québécois, invité par le festival Elektra, présente jusqu’au 27 juin son installation Immersion, soleil couchant (après Monet) à la Cinémathèque Québécoise.

Depuis plus de dix ans, il se penche sur une technique d’immersion rendue possible grâce au panoscope. Inventé par l'artiste, cet outil permet de capter une image à 360°.

Pour son installation de la salle Norman-McLaren, le vidéaste a donc planté son trépied au bord de l’eau, sur les plages de différents continents, en pointant sa caméra vers le haut, en direction d’un miroir arrondi. L’image recueillie, déformée, est ensuite projetée dans un hémisphère, suivant le procédé d’anamorphose. «Tu déformes et reformes l’image», explique l’inventeur de cet incroyable aménagement.

Au centre de l’hémisphère, le spectateur est propulsé sur les plages de France, de Nouvelle-Écosse ou encore de Californie. La sensation de vertige l’envahit. Sommes-nous dans la réalité physique ou virtuelle? «Les deux», affirme Luc, heureux de pouvoir superposer ces univers. «Pourquoi le spectateur devrait-il rester figé devant un écran de cinéma ou d’ordinateur? Aujourd’hui, les limites techniques ont sauté, il n’y a plus de raison de restreindre notre expérience de l’art à un rectangle», confie le créateur.

Autre révolution artistique: cette expérience en immersion est aussi interactive. À l’aide d’une application sur iPhone (Posture Pad), il est possible de se déplacer virtuellement de plage en plage, comme ci ces dernières étaient disposées tout autour de la salle d’exposition.

Superpositions à saveur impressionniste
Ainsi, Luc Courchesne rénove les arts actuels, comme Monet l’avait fait à la fin du 19e siècle. Le titre de l’installation fait d’ailleurs référence au célébrissime Soleil Levant de l’impressionniste. «C’est une génération de peintres qui a rénové leur art. Il ne s’agit plus de représenter la réalité trait pour trait, mais de peindre ce qu’ils avaient sous les yeux, c'est-à-dire la lumière», admire notre interlocuteur.

L’approche de Luc est la même. En dix ans, c’est le système technique qui a évolué, mais aussi son contenu. Avec Immersion, soleil couchant, le spectateur vit une nouvelle expérience, où la qualité de l’image n’est peut être pas parfaite, mais où il ne manque plus que le sable et l’odeur de la mer pour s’y croire. «Les gens que j’ai rencontrés lors de la journée des musées sont très ouverts aux expériences. Ils étaient très curieux de savoir comment j’avais fait. Au début, la superposition vous trouble, mais l’idée passe très bien auprès du public.»

Celui qui préfère se définir comme un photographe – plus à l’aise dans l’approche documentaire et le rôle d’observateur du monde – ne se cloisonne pas dans son expérience à 360°. Derrière ses petites lunettes rondes couleur ébène, son regard se fixe sur l’écran de son iPhone. Un nouveau gadget qui sera peut être pour lui un outil de travail, avec lequel il prend tout en photo, même les journalistes!


Immersion, soleil couchant (après Monet)

Jusqu'au 27 juin
| Cinémathèque Québécoise
cinematheque.qc.ca | courchel.net

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