Lorsque l’on apprend que Jenny Holzer sera présente à la visite de presse de sa nouvelle exposition à Montréal, il est impossible de refuser l’invitation. Le rendez-vous est donc donné à la Fondation pour l’art contemporain DHC/ART, avec l’artiste herself et John Zeppetelli, commissaire de l’exposition.

Jenny Holzer, née en Ohio en 1950, a dans son bagage un corpus de textes poétiques, politiques ou sociaux. Elle a fait du langage son principal médium, imprimé sur des affiches, des T-shirts ou défilant sur des écrans DEL (diodes électroluminescentes). Justement, on retrouve les slogans de l’artiste à l’espace satellite, au 465, Saint-Jean. Ses deux nouvelles œuvres, présentées par le commissaire, contiennent exclusivement les textes de Holzer. Au sol, l’immense installation For Chicago vous plonge au cœur des écrits de l’artiste entre 1977 et 2001. Cette anthologie, présentée sur dix panneaux lumineux, est vue comme « dix ruisseaux qui défilent sous notre compréhension », par John Zeppetelli. Les diodes habillent toute la pièce de leur ambre en laissant défiler des bouts de phrases qui parfois se superposent, parfois clignotent.

A quelques pas, l’œuvre DEL Monument prend la forme d’une tour faite de mots et de lumières. Tiens, d’ailleurs, on les voit se refléter sur la fenêtre. Jenny Holzer l’a remarqué aussi, et aime ça. Lorsqu’un nuage passe, la pièce s’assombrit et nous plonge dans une pénombre illuminée de diodes bleues, rouges et violettes. Debout près de l’installation, Jenny Holzer préfère se mettre en retrait, écoutant d’une oreille attentive John Zeppetelli, qui décrit la démarche de l’artiste. Mais lorsqu’un journaliste s’adresse à elle, c’est confortablement logée dans ses Converse qu’elle répond avec beaucoup de sympathie.

Dans l’autre bâtiment, au 451, Saint-Jean, il s’agit toujours des œuvres de Jenny Holzer, mais plus uniquement de ses écrits. Cette dernière a passé en revue des milliers de documents gouvernementaux américains déclassifiés sur la guerre en Iraq, devenus accessibles grâce à la loi sur la liberté d’information (Freedom of Information Act). À leur lecture, Holzer s’est rendu compte d’une chose: tous les documents, de différentes sources, n’avaient pas toujours la même version des faits sur une même affaire. Et dans de nombreux documents, certains passages ont été censurés. Depuis 2004, Jenny Holzer a marié ces archives à la beauté de ses installations. Au troisième étage, on retrouve donc une œuvre DEL, nommée Thorax. Installée à la verticale contre deux murs en coin, elle métaphore un torse humain et laisse circuler des renseignements déclassifiés contradictoires sur la mort d’un non-combattant iraquien aux mains des forces armées. « Dans Thorax, ce sont des centaines de pages qui défilent, sur un seul et même incident. C’est fascinant de voir autant de versions différentes sur la même chose », explique l’artiste.

Puis, on se retourne et fait face à un tout autre genre d’installation. Il s’agit d’une peinture à l’huile. C’est une reproduction d’un texte quasiment entièrement censuré par le gouvernement. Water Board black white ne met en évidence que deux mots soulignés: « water board » (torture par l’eau), dans une mer de renseignements repassés au noir. « La peinture est encore fraîche », nous indique John Zeppetelli. Avec cette œuvre et toutes les autres, le message de Jenny Holzer passe encore très clairement. La liberté d’information du gouvernement ne fait que cacher une grande rétention de l’information.

Sur le parquet grinçant, on quitte Jenny Holzer et les messages politiques qu’elle porte en elle depuis le début. L’exposition, elle, ne fait que commencer.      

Jenny Holzer
Jusqu'au 14 novembre
DHC/ART | dhc-art.org

Page d'accueil